Une tendance se confirme depuis plusieurs années : l’agriculture se féminise avec une augmentation du nombre de cheffes d’exploitation et de salariées agricoles. Bonne nouvelle : le secteur vitivinicole ne fait pas exception ! Autrefois à dominante masculine, le monde de la vigne et du vin évolue.
Restées dans l’ombre pendant plusieurs générations, les femmes trouvent maintenant la place qui leur est due. Portées par leur détermination et leur passion pour le vignoble français, elles ont conquis progressivement tous les postes. Chez Terra Vitis, nous l’observons depuis plus de 25 ans, en accompagnant des vignerons et des vigneronnes dans une démarche globale de viticulture plus durable. Mais comment se vit le métier de vigneronne responsable aujourd’hui ?
A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, nous tenions à partager avec vous la vision et le quotidien de ces vigneronnes, aussi passionnées que passionnantes, mobilisées pour produire des vins plus respectueux de l’environnement et de l’humain.
La place des femmes dans le secteur vitivinicole en France
Vigneronne, maîtresse de chai, sommelière, négociante en vin… Dans toutes les régions viticoles, on note une féminisation progressive de la filière du vin, et pas uniquement au niveau des appellations de postes !
Un rôle autrefois limité
Pendant longtemps, les femmes ont participé aux activités essentielles dans les vignobles, mais en restant cantonnées à certains métiers. Et ce, sans être forcément rémunérées à la hauteur de leur contribution.
Souvent épouses de vignerons ou de viticulteurs, elles assuraient des missions clés pour les exploitations : vendanges, comptabilité, commercialisation, dégustation de vins… Toutefois, peu accédaient à des postes de décision ou de direction, la production de vins et/ou la gestion des domaines viticoles étant réservées aux hommes. Mais ce n’est plus le cas !
Une évolution constatée : les chiffres en attestent
Même s’il existe peu d’études récentes sur ce sujet, les femmes sont plus nombreuses à occuper des postes clés dans le milieu vitivinicole aujourd’hui.
Les données confirment cette tendance :
– 12 700 cheffes d’exploitation viticole sont recensées en 2019 selon les statistiques de la Caisse Centrale de la Mutualité Sociale Agricole.
– 29 % des exploitantes agricoles sont viticultrices en 2020 d’après Agreste et le Recensement agricole. Soit 2 fois plus que dans les années 1980 ! La viticulture est la 2e filière agricole où la proportion de femmes dirigeantes est la plus élevée.
– 50 % des étudiants en œnologie et en sommellerie ayant obtenu leur diplôme étaient des femmes en 2018.
– 45 % de femmes (contre 30 % il y a 15 ans) ont été accueillies dans la formation viti-œno de l’Université du vin de Suze-la-Rousse dans la Drôme.
Au-delà des chiffres, on constate que ces dernières décennies, de plus en plus d’associations et de réseaux féminins voient le jour et s’organisent. Women Do Vine, Femmes de vin, Vinifilles… Les femmes du secteur vitivinicole se regroupent pour créer des collectifs et faire entendre leur voix.
C’est également la volonté de Terra Vitis qui donne aujourd’hui la parole à plusieurs de ses vigneronnes certifiées et responsables.
Et chez Terra Vitis ? Portraits de 3 vigneronnes responsables
Parmi ses adhérents, notre association rassemble des vigneronnes avec la même passion pour la culture de la vigne, le même engagement pour une viticulture responsable, le même choix d’adhérer à Terra Vitis. Mais avec des parcours et des profils différents que nous vous invitons à découvrir.
Marine Rivière, vigneronne dans le Beaujolais au domaine viticole JP Riviere

Après avoir travaillé dans la commercialisation des vins et spiritueux, Marine Rivière a finalement choisi de rejoindre son frère sur le domaine JP Rivière, racheté par ses parents il y a plus de 40 ans. Si elle s’occupe de la communication et du développement commercial, elle a surtout professionnalisé une offre œnotouristique créative, générant des sources de revenus essentielles pour assurer la pérennité du domaine.
Et si l’œnotourisme vous intéresse, nous vous invitons à retrouver, dans notre guide, les meilleures expériences œnotouristiques responsables proposées sur une sélection de domaines certifiés Terra Vitis.
Son expérience sur la place des femmes en viticulture
Même si Marine trouve le secteur vitivinicole encore machiste, elle voit une amélioration. Davantage de femmes, notamment des jeunes, s’intéressent aux métiers du vin et rejoignent les rangs (encore trop peu clairsemés, certes) des vigneronnes et viticultrices responsables.
« Comme il y a de plus en plus de femmes dans le milieu viticole, on peut créer un vrai esprit de sororité. Ça, c’est génial. […] Je me suis trouvée de super copines vigneronnes. […] On a exactement les mêmes problématiques. »
Anecdote
Au début de sa prise de poste, notre adhérente s’est retrouvée confrontée à certains prestataires, peu enclins à reconnaître ses nouvelles responsabilités.
Après les avoir contactés plusieurs fois sans arriver à les joindre, ils finissaient par rappeler son frère. Alexandre Rivière devait alors leur réexpliquer que c’était Marine qui les avait sollicités et qu’elle était bien la personne chargée de gérer ces opérations. C’est malheureusement encore parfois le cas, 4 à 5 ans après !
Parole de vigneronne responsable destinée aux autres femmes
« C’est un métier de passion. Donc si vous avez la passion et l’envie de ne jamais vous ennuyer, foncez ! »
Sarah Bideau, vigneronne dans le Val de Loire et co-gérante du domaine Bid’Gi

Si vous aviez dit à Sarah Bideau qu’elle deviendrait vigneronne un jour, elle ne vous aurait certainement pas cru ! Après plusieurs années dans le commerce du vin notamment, elle a choisi de revenir, au cœur du vignoble nantais, sur le domaine familial Bid’Gi qu’elle co-dirige avec son frère depuis 2023.
Son expérience sur la place des femmes en viticulture
Sarah le reconnaît volontiers : elle n’a peut-être pas la même sensibilité que les vignerons… Mais, elle a eu la chance d’évoluer sur un domaine viticole plutôt paritaire, sous l’impulsion de ses parents. Depuis longtemps, autant d’hommes que de femmes travaillent à la vigne, à la cave… Notre adhérente remarque que cette mixité dans les équipes est vraiment intéressante. Les personnes ont des visions différentes, ce qui donne naissance à de riches échanges, profitables pour le domaine.
Autre constat : les tâches physiques ne sont pas un frein à l’embauche de personnel féminin. Au contraire, leur recrutement pousse souvent à réétudier la manière de les accomplir, là où les hommes auraient tendance à forcer pour y arriver… et se blesser. Les solutions mises en place sont bénéfiques à tous, viticultrices et viticulteurs !
Anecdote
Pour rendre le travail de la cave accessible à tous, indépendamment de la force physique nécessaire, Sarah a mis en place des systèmes ingénieux.
Elle a notamment installé des poulies pour aider son assistante de production à accrocher et soulever les tuyaux, réduisant ainsi considérablement l’effort requis. Cette astuce profite aussi aux hommes !
Parole de vigneronne responsable destinée aux autres femmes
« Si vous voulez faire ce métier, n’hésitez pas ! Je trouve qu’on a la chance d’évoluer dans le monde du vin qui est quand même assez bienveillant. »
Valérie Labrousse, vigneronne et gérante du Château du Payre à Bordeaux

Cinquième génération d’une longue lignée de vigneronnes, Valérie Labrousse a d’abord travaillé dans la commercialisation de vins avant de revenir sur les terres familiales à 27 ans. Aujourd’hui, elle gère le domaine bordelais du Château du Payre où elle développe une gamme de vins prestigieux ainsi qu’une offre œnotouristique étendue, pionnière dans cette région viticole.
Son expérience sur la place des femmes en viticulture
En tant que vigneronne, elle est vraiment à l’écoute des personnes avec qui elle travaille dans le plus grand respect. « C’est peut-être ma marque de fabrique… ». Valérie n’hésite pas à s’inspirer des bonnes pratiques adoptées par d’autres professionnels du métier pour moderniser, gagner du temps, avancer dans les procédures…
Depuis 30 ans, notre adhérente constate une réelle évolution. Alors que le milieu vitivinicole était très fermé, et presque exclusivement masculin, les femmes s’imposent progressivement : dans la gestion des exploitations, les caves…
Mais des obstacles persistent. Certaines doivent relever bien des difficultés, notamment d’arriver à conjuguer leur métier dans la viticulture et leur place de jeunes mamans. Une charge mentale souvent pesante au quotidien !
Si ces vigneronnes et viticultrices ne manquent pas de courage pour faire face aux larges amplitudes horaires et à des activités particulièrement fatigantes, il est impératif qu’elles puissent compter sur une organisation et un soutien sans faille (famille, etc.).
Anecdote
A une certaine époque, Valérie avait embauché du personnel occasionnel : des femmes, mais aussi des mères de famille ! Pour qu’elles puissent amener leurs enfants à l’école, elle n’avait pas hésité à arranger les horaires en leur permettant de commencer à travailler plus tard.
Parole de vigneronne responsable destinée aux autres femmes
« C’est un beau métier, très étonnant parce que très vivant… au rythme des saisons. Il faut sans cesse se poser des questions, trouver des solutions… [Mais, c’est également] difficile, notamment avec des enfants en bas âge. Il ne faut pas se lancer seule. [Il est absolument nécessaire de pouvoir compter sur] du monde autour. »
Découvrez le portrait des autres adhérentes Terra Vitis
Amandine Fresneau, domaine de Cézin (Sarthe)
Aurélie Frot, domaine Les Pierres d’Aurèle (Loire)
Le saviez-vous ?
Et du côté des consommatrices de vin… Elles sont engagées aussi ! 89 % des femmes sont prêtes à utiliser davantage de contenants respectueux de l’environnement (contre seulement 74 % des hommes).*
* Etude Terra Vitis réalisée en partenariat avec Toutlevin l’Agence en juillet 2023 sur un échantillon représentatif des consommateurs de vin en France (424 répondants)
Vigneronnes Terra Vitis : ce qu’il faut retenir de ces témoignages
Une diversité de profils avec des points communs
Certes, les adhérentes Terra Vitis ont des parcours singuliers. Mais elles se rejoignent sur un socle de valeurs fortes : la passion du métier et la volonté de faire perdurer le domaine familial, en s’investissant en tant que femmes et vigneronnes dans son développement.
Les principaux bénéfices de la féminisation du secteur vitivinicole
Quand les femmes investissent le monde vitivinicole, elles apportent leur propre vision du métier avec des approches bénéfiques pour toute la filière.
Elles revisitent le management des équipes, avec la prise en compte des éventuelles difficultés rencontrées et la mise en place de solutions.
Le bien-être des salariés qui travaillent sur les exploitations fait partie de leurs priorités. Les vigneronnes s’engagent aussi à mettre en œuvre une viticulture responsable et de nouvelles voies de développement. Ainsi, l’œnotourisme fait partie des pistes souvent privilégiées par ces vigneronnes passionnées par leur travail pour assurer la durabilité économique de leur domaine.
Les difficultés encore rencontrées
Malgré ces évolutions positives, les vigneronnes doivent encore composer avec plusieurs défis à relever au quotidien.
La question du manque de légitimité reste prégnante dans cet univers encore masculin avec des situations révélatrices : lors de salons, certains clients cherchent encore “le vigneron”…
De plus, l’investissement professionnel des femmes dans le milieu viticole nécessite une meilleure répartition des responsabilités familiales. Or, le partage des tâches domestiques reste inégalitaire, se heurtant encore souvent à l’inertie des traditions et à l’héritage de modèles familiaux bien ancrés.
A noter : d’autres inégalités perdurent comme une rémunération inférieure. Selon Oxfam France, on observe 26 % d’écart de revenus annuels moyens entre les femmes et les hommes* travaillant en viticulture en 2023.
Chez Terra Vitis, l’engagement pour une viticulture responsable n’a pas de genre. Les vigneronnes trouvent naturellement leur place au même titre que les vignerons. La féminisation du secteur vitivinicole est un véritable vecteur de progrès pour l’ensemble de la filière. Elle nous a poussés à tous nous remettre en question avec la mise en place de meilleures pratiques au bénéfice de toute la profession, hommes et femmes confondus. Grâce à cette approche véritablement inclusive où la passion pour la vigne est le seul moteur, nous continuons à progresser collectivement vers une viticulture plus respectueuse et durable.
A noter
D’autres inégalités perdurent comme une rémunération inférieure. Selon Oxfam France, on observe 26 % d’écart de revenus annuels moyens entre les femmes et les hommes* travaillant en viticulture en 2023.
Chez Terra Vitis, l’engagement pour une viticulture responsable n’a pas de genre. Les vigneronnes trouvent naturellement leur place au même titre que les vignerons. La féminisation du secteur vitivinicole est un véritable vecteur de progrès pour l’ensemble de la filière. Elle nous a poussés à tous nous remettre en question avec la mise en place de meilleures pratiques au bénéfice de toute la profession, hommes et femmes confondus. Grâce à cette approche véritablement inclusive où la passion pour la vigne est le seul moteur, nous continuons à progresser collectivement vers une viticulture plus respectueuse et durable.


